Analyse | L’ambition de Michael Sabia
Lors d'une activité publique du quotidien The Globe and Mail qui a eu lieu en début de semaine à Toronto, Michael Sabia a déclaré que le Canada a un « déficit d’ambition ». Selon lui, pour réaliser de grands projets, pour faire croître l’économie et pour accroître la productivité, il faut réduire la réglementation, et le monde des affaires doit changer ses relations avec les Premières Nations. Le grand patron d'Hydro-Québec va quitter son poste le vendredi 4 juillet et va occuper ses nouvelles fonctions à Ottawa dès le lundi suivant, le 7 juillet. Pas de temps à perdre pour le nouveau greffier du Conseil privé et secrétaire général du gouvernement fédéral, pour qui il y a tant à faire. On sent chez lui une urgence d’agir. Michael Sabia, qui a dirigé la Caisse de dépôt et placement du Québec pendant 11 ans, affirme que les régimes de pension sont frileux à l'idée d'injecter des sommes dans des projets risqués. Ils misent sur le long terme. Il faut donc, a-t-il dit, de nouvelles sources de financement. C’est un discours – on ne sera pas surpris, dans les circonstances –totalement en phase avec celui de Mark Carney. Le premier ministre du Canada veut mettre en œuvre de grands projets, les faire approuver plus vite et les voir se réaliser rapidement. Pour lui, il faut cesser de se demander pourquoi on doit faire un grand projet et voir plutôt comment on peut le réaliser. Le premier ministre du Canada, Mark Carney, lors d'une rencontre avec les premiers ministres canadiens à Saskatoon, le 2 juin 2025. Photo : La Presse canadienne / Liam Richards En Michael Sabia, le premier ministre voit un homme qui a toutes les compétences recherchées pour déployer cette vision au cours des prochains mois. Celui qui deviendra le plus haut fonctionnaire du pays, essentiellement l’alter ego de Mark Carney, a fait ses preuves en rétablissant la crédibilité de la Caisse de dépôt et en mettant en œuvre, en moins de deux ans, une nouvelle vision stratégique pour Hydro-Québec, poussant même le gouvernement Legault à adopter un projet de loi qui donne les coudées franches à la société d’État. Durant son court passage à Hydro-Québec – un peu plus de deux ans –, Michael Sabia a instauré une nouvelle relation de collaboration avec les communautés autochtones. Les relations avec les Premières Nations seront cruciales dans la réalisation des projets de Mark Carney. Ces relations pourraient être mises à mal par la volonté du nouveau premier ministre d’agir très vite quant à l’approbation des projets énergétiques. C’est du moins une inquiétude qui a été soulevée dans la foulée des annonces du premier ministre. Or, à la tête d’Hydro-Québec, Michael Sabia a prouvé que les relations avec les Autochtones doivent être une priorité. L’ex-chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, avait dit lors d’une activité publique à HEC Montréal, il y a un an, qu’on Lors de la conférence du Globe and Mail, M. Sabia a affirmé ceci : Michael Sabia a une fine compréhension du Québec et de ses réalités économiques. En rejoignant Mark Carney, il travaillera aux côtés de Marc-André Blanchard, qui vient d’être nommé chef de cabinet et qui était vice-président à la Caisse de dépôt et placement du Québec. Il faut ajouter aussi la nomination de David Lametti à titre de secrétaire principal. Il s’agit là d’un trio qui connaît très bien le Québec et qui va œuvrer, au quotidien, avec Mark Carney. L'ancien ambassadeur du Canada aux Nations unies et vice-président et chef de l’investissement mondial à la CDPQ, Marc-André Blanchard. Photo : The Canadian Press / Mike Sudoma Cela pourrait-il permettre au Québec de sortir en bonne posture quant aux choix d’investissements du gouvernement fédéral? La présence de Michael Sabia permettra-t-elle de convaincre le premier ministre Carney de financer la ligne de transport d’électricité qui doit relier Churchill Falls à Terre-Neuve-et-Labrador et au réseau d’Hydro-Québec, comme l’a demandé François Legault? Le moins qu’on puisse dire, c’est que Michael Sabia se retrouve souvent dans des positions on ne peut plus stratégiques. Si Hydro-Québec perd son capitaine à un moment important de son histoire, le Québec aura un allié à Ottawa pour faire avancer le développement des projets qui font partie de son plan stratégique 2035. Et, fait particulier : avant de se joindre à Hydro-Québec, en 2023, Michael Sabia était sous-ministre aux Finances du temps du gouvernement Trudeau. Et c’est lui qui a élaboré la stratégie fédérale visant à répondre à l’Inflation Reduction Act de Joe Biden, une stratégie évaluée à 80 milliards de dollars qui comprend un crédit d’impôt pour les investissements dans l’électricité propre… et qui est disponible pour les sociétés d’État comme Hydro-Québec! Si le Canada manque d’ambition, comme il l’a affirmé en début de semaine, Michael Sabia, aujourd’hui âgé de 71 ans, n’en manque certainement pas. Bien qu'il laisse en plan un travail colossal à réaliser à Hydro-Québec, Michael Sabia aura l’occasion de mettre à profit son expérience approfondie auprès de Mark Carney. Cette nomination illustre, en tout cas, la conviction réelle de Mark Carney de faire véritablement fonctionner ses grands projets.Nous avons beaucoup de choses à régler sur le plan réglementaire
, a dit Michael Sabia au début de la semaine, notamment au sujet des émissions polluantes du secteur de l’énergie. Tous les règlements se sont additionnés comme une pile de crêpes
, a-t-il déclaré, ce qui rebute les investisseurs et ralentit l'injection des capitaux nécessaires en provenance du secteur privé pour faire avancer des projets économiques au Canada.Alter ego de Mark Carney

Ma priorité personnelle, c’est la question des Premières Nations. Il faut travailler en plein partenariat avec les Innus de la Côte-Nord pour répondre à leurs besoins
, avait-il dit à Zone économie le 12 décembre dernier. Il faut les traiter comme de vrais partenaires.
entre dans une autre ère où, à notre avis, les enjeux autochtones occupent la place publique et deviennent des enjeux incontournables. Et, pour moi, le mouvement [lancé] et soutenu par Hydro-Québec s'ajuste à ce nouveau contexte
.Il n’y a pas d’autre option que la relation humaine quand on travaille sur de telles transactions. [...] Le contact en personne mène à la confiance. Et il n’y en a pas beaucoup en ce moment!
Des Québécois autour de Mark Carney

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